Une Psychologue qui regarde le foot ?

Jour de 1er match de la France à la Coupe du Monde, avec nos génies d’attaque alignés, l’équipe de France se retrouve malgré tout un peu timorée... Le premier quart d’heure est prometteur, mais sans concrétisation, l’équipe est gagnée par quelque chose de l’ordre du doute, de l’empressement, et finalement de la peur de ne pas être à la hauteur… Cette peur qui inhibe, qui tétanise les muscles, qui brouille la circulation d’informations dans le cerveau… Cette équipe, constituée d’individualités remarquables, propose un jeu collectif un peu brouillon, parfois figé : manque de lucidité, erreur de concentration, précipitation, mental en berne… bref c’est bien au-dessus des épaules que ça pèche !

Est-ce une particularité française ? Il semblerait que les sportifs français jouent en dessous de leur niveau lorsque la pression est extrêmement forte : les exemples ne manquent pas à Roland Garros, aux JO dans les disciplines où ils sont le plus attendus…


Notre culture n’y est peut-être pas étrangère !

Contrairement à nos voisins du Nord, ou nos cousins canadiens, dès le plus jeune âge, à l’école nous pointons les fautes de nos enfants, les notes attribuées en Interrogation écrite sont calculées sur la base des erreurs et non pas des réussites. Cela peut paraître un détail de retirer des points pour chaque faute d’orthographe ou d’en offrir pour chaque réussite orthographique mais le message reçu par le cerveau est aux antipodes...

De la même manière, nous valorisons abondamment plus le résultat que l’effort, la réussite individuelle plus que collaborative à l’inverse de nos amis scandinaves. Au foot, après un match, la première question des parents serait : « est-ce que tu as marqué ? »

Toute notre construction psychique depuis l’enfance est influencée par cette culture et cette éducation qui porteraient atteinte aux processus d’apprentissages et à la construction de l’estime de soi.

En terme d’exemplarité, nous, adultes, avons honte de nos échecs alors qu’en Amérique du Nord par exemple, chaque échec est valorisé pour l’audace qu’il sous-tend.

Nos journalistes, (comme nous citoyens), ont un esprit critique si affuté que tout est découpé, lacéré, et le jugement tranchant et souvent encenseur ou assassin, parfois du jour au lendemain. Comme si le joueur n’était réduit qu’à son seul comportement de l’instant. La solidarité nationale n’est pas innée, mais une option dont les français s’emparent le plus souvent quand ils sont en situation de quasi guerre. J’ai entendu, sidérée, notre gardien H. Lloris en match de préparation à l’Allianz, match où les joueurs ont besoin d’engranger de la confiance insufflée par leur peuple, se faire siffler et huer parce qu’il prenait quelques secondes de réflexion avant ses relances… No comment ! Et même notre rapport à la réussite est complexe : dans l’inconscient collectif, gagner, à fortiori gagner de l’argent, est teinté d’une pointe de méprise et de culpabilité.

Est-ce un Paradoxe du (sportif) français? il semble complexé mais un peu prétentieux! Alors si le bât blesse au niveau de la tête, que faisons-nous pour y remédier? Le psychologue a-t-il un rôle à jouer? Il semblerait, à la différence d’autres pays, que le psychologue ne se fasse pas de place dans ce monde du sport (aux derniers JO à titre de comparaison, l’équipe US d’athlétisme débarquait avec une dizaine de psychologues quand l’équipe de France en avait un seul tous sports confondus). Les instances dirigeantes et entraineurs français ne sont concrètement pas encore prêts à travailler avec des psychologues …

Le psychologue, justement, n’est-il pas lui aussi, victime du syndrome complexé-prétentieux? A-t-il clairement décrit son travail ou reste-t-il figé dans son positionnement obscur? Quelle peut être sa place? Sans prendre celle des coachs déjà fins ‘psychologues’, sans venir en sauveur ou se faire plaisir en vivant une passion par procuration? Que peut-il proposer de constructif?

 

Tous un peu psychologues !

Faire preuve de psychologie, tout le monde en est capable ! Le staff est généralement doté de grandes compétences en la matière : le coach qui s’adapte en fonction du tempérament de chaque joueur, et qui module son discours en fonction de l’état d’esprit de l’équipe, le kiné qui discute sur les états d’âme d’un joueur pendant le soin, le médecin qui soigne les maux… La psychologie s’immisce un peu partout, dans chaque registre et sous diverses formes.


Alors un psychologue, ça sert à quoi ?

Il est souvent sollicité quand il y a le feu, en cas de crise et attendu comme un pompier. Par exemple, lorsque le Brésil sollicite une psychologue juste avant de jouer le ¼ de finale contre la Colombie. Disons qu’il serait préférable de profiter des services du psychologue avant la gestion de crise, comme le font des Chinois avec leur médecin : c’est quand ils sont en bonne santé qu’ils consultent leur médecin, justement pour maintenir l’homéostasie.

Tout ce qui peut être amélioré en amont participera de la réussite : optimiser les recrutements, apprendre aux joueurs à gérer leurs émotions en particulier dans les imprévus, prévenir les blessures, former le staff à une meilleure communication verbale et non verbale, favoriser la sérénité des individus (staff, joueurs), analyser avec recul les contextes, les enjeux, tout cela pour permettre aux joueurs d’être dans les meilleures conditions possibles pour exprimer leur potentiel. C’est parce que ce travail se joue en amont, sur la durée, que la confiance s’installe et que le psy peut alors gérer les éventuelles crises.

Tout l’enjeu repose sur la PLACE du psychologue pour endosser ce rôle : « ni dedans-ni dehors ».

Ni dans les vestiaires ou sur la pelouse, où œuvrent les coachs, les médicaux, les préparateurs…, ni enfermé dans son bureau ou planqué derrière ses tests. Il doit pouvoir observer, s’imprégner, entendre pour appréhender comment chacun fonctionne, mais aussi comment se structure le groupe, le collectif donc les interactions, les enjeux parfois inconscients, souterrains donc lourds de conséquences…

C’est seulement en faisant ce « pas de côté » qu’il amènera un regard sous un angle différent. Etre au service de la singularité pour une perception globale.

 

Ex. de missions du psychologue : ACTIONS PREVENTIVES & CORRECTIVES

 

- Formation/pédagogie


Spécialiste de l’évolution des fonctions cognitives et émotionnelles de l’individu au cours de son développement, il peut collaborer aux contenus pédagogiques (ex : estime de soi, gestion des émotions, gestion du stress, motivation, concentration) favorisant les méthodes d’apprentissage les plus adaptées et une communication verbale et non verbale la meilleure possible.


- Actions de prévention/accompagnement

Le très haut niveau sportif, ce n’est pas normal en soi : ni psychologiquement, ni physiquement.

Prenons l’exemple des blessures. Les sportifs eux-mêmes admettent qu’elles arrivent rarement par hasard… Les blessures représentent bien souvent des moments particuliers dans la vie du joueur. Il est intéressant d’aider les joueurs à les comprendre, du moins les intégrer dans leur vie psychique et de retrouver un équilibre durable et du plaisir à jouer.

 

- Recrutement / Transferts-Mercato

Des tests et des méthodes de recrutement existent pour évaluer les enfants, les adolescents, les adultes avec des outils spécifiques à leur âge et leur évolution.

En entreprise, pour les postes à très haute responsabilité (enjeu financier important), vous passez parfois 4-5 entretiens et une batterie de tests avant d’être embauchés. Dans le foot, ce n’est pas encore le cas. Pourtant le risque pris est énorme, ne pas se renseigner précisément sur l’état psychologique du joueur, sa motivation, ses capacités de concentration… est étonnant. Mais c’est peut-être une erreur du psychologue, qui ne sait pas transmettre clairement ses compétences : aujourd’hui on sait mesurer précisément les compétences et les capacités psychologiques d’un joueur, on dispose d’outils et de méthodes pour apporter des éléments précieux en recrutement.


- Accompagnement individuel du joueur : 

Grande nouvelle, le cerveau est comme un muscle, il n’est pas figé à l’âge adulte. Il peut évoluer !
Voici la démarche :

- 1ère étape : « Diagnostic » (entretiens et tests)

Cela permet de mesurer où en est le sportif (concentration, gestion du stress, motivation…) et de lui montrer concrètement, avec des graphiques. Cette prise de conscience est essentielle.

- 2e étape : Mise en place d’un programme « d’entrainement psychologique » sur mesure, des solutions adaptées à la zone du cerveau à muscler.

Proposer des approches thérapeutiques variées en fonction des profils et de la réceptivité (ou culture) du joueur : des solutions plus rationnelles, plus pragmatiques ou au contraire créatives voire spirituelles

- 3e étape : Ré évaluation pour visualiser les progrès et identifier les ajustements nécessaires

(A. Saint Maximin, si vous lisez ces lignes ...)

 

- Accompagnement de groupe :

L’objectif final est d’œuvrer pour le collectif, si les individus se sentent bien, c’est le pré-requis pour un travail plus collectif : gestion du groupe, performance collective


- Gestion de « crises » ponctuelles

 

"Après avoir perdu un match, je me suis souvent dit qu'il fallait que j'arrête le tennis.

Mais ça c'était dans les bons jours. Parfois, j'avais juste envie de me suicider!"   Ivan Lendl

 

D.H. (Juin 2018)