Stress en match... et si on travaillait cela dès le plus jeune âge ?

La minute Psy' à l'Ecole de Foot

Joueurs qui perdent leurs moyens, qui sont méconnaissables le jour J … le mental du joueur est un élément central dans sa réussite. Le stress est très souvent le grand coupable des contre-performances chez les adultes alors imaginez pour les enfants !

Selon les cultures, notre rapport au stress est bien différent, il dépend du rapport à l’échec, de l’estime de soi,... et nos sportifs français sont plutôt vulnérables sur ce sujet !  

Bonne nouvelle, cela se travaille et plus cette compétence est développée jeune, mieux c’est!
Le stress ??

Ce processus naît de la perception d’un décalage important entre la demande de l’environnement et notre capacité de réponse, dans des conditions où l’échec de la rencontre entre nos ressources et la demande peut avoir des conséquences importantes.  

C’est donc le décalage entre SA perception de la situation et SA perception de ses ressources.
Effets du stress :

S’il est naturel et même vital dans les situations de danger imminent, certaines manifestations peuvent, selon les individus, être très nuisibles.

Ce que l’enfant peut vivre comme effets du "mauvais stress" :

Corps Jambes coupées, Douleurs (ventre, tête…) Nervosité, Tétanie, paralysie

Emotions Perte d’appétit, de sommeil Perte de confiance Perte d’envie, Désintérêt

Pensées « J’ai peur de rater », « J’ai honte, je veux fuir, me cacher »

Cognitif Diminution des capacités de traitement de l’info : attention, concentration perturbées


Facteurs de « mauvais stress »

Ce ne sont pas les événements qui perturbent les hommes mais l’idée qu’ils s’en font. Décalage entre perception de la situation (menace) / perception de ses capacitésà y faire face

La perception de ses capacités est influencée par :

-      Tempérament de l’enfant : anxiété, perfectionnisme

-      Manque d’estime de soi : l’enfant pense ne pas avoir les ressources pour réussir et il est particulièrement soucieux du regard des autres

La perception de la situation (menace) est influencée par :

-      Environnement : les adultes référents (parents, coach) de l’enfant peuvent inconsciemment agir à titre de modèle de personne trop stressée. Dans d’autres cas, les attentes envers l’enfant sont tout simplement trop élevées. Dans certaines familles, les enfants sont poussés par leurs parents à pratiquer une activité et ce, sans avoir démontré un intérêt particulier pour cette discipline.

-      Contexte : enjeu de la compétition, présence et attitude du public, présence de juges L’enjeu est TRES dépendant de ce que les adultes ont créé et communiqué aux enfants!!!  


CONSEILS PEDAGOGIQUES


Comment aider un enfant « anxieux » ?


1.     Travail sur les pensées, les croyances de l’enfant :

-       Le rassurer : l’enfant est souvent persuadé que le fait de réussir ou de rater une tâche pourrait affecter sa valeur en tant que personne (être moins aimé)

-       Aider l’enfant à identifier ses pensées anxieuses et à les questionner (il suffit de se croire esclave pour l’être en effet)     

-      Aider l’enfant à développer des pensées plus aidantes, à réévaluer la situation    


2.     Travail sur les émotions de l’enfant :

-       Aider l’enfant à repérer ce qu’il ressent, et exprimer ses émotions

-      Valoriser l’enfant : être anxieux, c’est vouloir bien faire !

-      Apprendre à l’enfant des techniques de relaxation, de visualisation, …


3.    Travail sur les comportements

-      Renforcement positif

-      Ajuster les objectifs en fonction de l’enfant. Par exemple, lui demander de se concentrer principalement sur ses déplacements, sur la concentration

-      Instaurer des routines, des méthodes d’organisation rassurantes


4.     Travail sur soi-même, adulte :

-       Quelle est notre rapport (coach,  parents) à la performance? Quelles sont les attentes sur l’enfant (projection)? Sont-elles adaptées à cet enfant (capacités, désir…) ? L'enfant se blesse-t-il (trop) souvent ?


TRAVAIL SUR LE STRESS EN DEHORS DU MATCH :


1.    Profiter des entraînements (cadre rassurant, pas de pression sociale) :

Objectif : Produire de la confiance

Entraîner l’enfant à jouer avec le stress : créer des situations en introduisant peu à peu une dose de stress pour mettre l’enfant sous « pression ». L’idée est de confronter le joueur, avec dosage et attention, aux différentes situations stressantes afin d’observer ses réactions, ses comportements et sa stratégie de « coping » (solutions qu’il met en place pour répondre au problème). Une répétition dosée et crescendo de ces évènements stressants pourra ainsi créer une sorte d’habituation au stress de la part du joueur.

Augmenter sa maîtrise en répétant les actions jusqu’à les assimiler « les yeux fermés » (comme on ferait ses gammes au piano) permet également de gagner en confiance : par exemple parfaire sa maîtrise technique quelles que soient les conditions (La méthode Coerver s’appuie sur cette idée de renforcer le joueur en 1 contre 1 etc pour diminuer son stress dans ces situations).
2.    Aider l’enfant à identifier son stress : causes et manifestations

De quoi as-tu peur précisément ? (Peur de perdre, peur du regard des autres …)

Décris-moi ce que tu ressens dans ton corps ?

Quelles sont les pensées qui gênent ton esprit ?

Lui rappeler que ce ne sont pas les événements qui le perturbent mais l’idée qu’il s’en fait.


3.    Et à trouver des méthodes pour gérer ce stress : la préparation mentale

Questionnez l’enfant : l’enfant a souvent mis en place quelques stratégies naturellement (rituel, pensée magique, respiration)

L’essentiel du rapport au stress se travaille en amont.

Aidez-les à trouver quelques exercices pour dissiper le stress au moment critique.

Par exemple, le coach peut mettre en place un rituel de petits exercices en fonction du niveau de stress, l’échauffement a une dimension physiologique mais également psycho-émotionnelle (prise de marques, concentration, mise en confiance... ).

et enfin créer en équipe un « cri de guerre » qui permet de décharger de la tension.

Chaque joueur, chaque équipe élabore sa routine avec le temps.


TRAVAIL SUR LE STRESS LE JOUR J


La difficulté tient au fait qu’au sein d’une même équipe, avec le même environnement, les enfants peuvent avoir des perceptions très différentes de leurs ressources et de la menace de la situation !   
Conseils pour le coach :

-      Permettre au joueur de maitriser son environnement compétitif en réduisant les inconnues : connaissance de l’équipe adverse, préparation en amont des joueurs

-      Bien connaître les enfants et leur rapport au stress

-      Doser la pression dans le discours d’avant match au niveau collectif ET individuel

-      Produire de la confiance

-      Donner des objectifs concrets par ex. ligne par ligne (attaque/défense), individuels

-      Fixer des buts de maitrise (se concentrer sur la manière de réaliser une tâche)

-      Ne pas être focalisé uniquement sur la victoire, motiver sans dramatiser l’enjeu

-      Mettre en place des « exercices anti-stress » à l’échauffement

-      Se questionner sur son propre rapport à l’enjeu du match, distinguer dans sa communication ce que l’on véhicule qui finalement n’appartient qu’à soi (égo, peur,...) de ce qui est utile pour l’équipe.   

Et Pendant la rencontre :

-      Veiller à l’attitude : toute critique du coach durant le match est génératrice de stress intense (même chez les pros)

-      Ne pas donner de trop de consignes en cours de match (saturation cognitive), alors que le cerveau de l’enfant, même zen, a déjà des centaines d’injonctions en même temps à traiter pour jouer au foot.


Transmettre des astuces à l’enfant pour qu’il régule son stress :


-      Organisation : Avoir anticipé son équipement pour le jour J, arriver à l’heure indiquée par le coach, pour avoir du temps de préparation, respecter une certaine routine les heures qui précèdent, se détendre grâce à une sieste ou pause relaxation

-      Hygiène de vie : sommeil, alimentation, ZERO jeux vidéo veille et jour de match

-      Relativiser l’enjeu. Réévaluer la situation pour la rendre moins menaçante.

-      Techniques de préparation mentale, initiation :  Respiration, visualisation, méditation

-      Focalisation de l’attention : l’objectif est de rediriger les pensées du joueur sur quelque chose de précis (et sans stress) et le décentrer de l’enjeu.  Par ex. un petit exercice à utiliser en arrivant sur le terrain pour déplacer l’attention … observer la latéralité des adversaires (gauchers ou droitiers), mémoriser les numéros des maillots bref saturer le cerveau limbique pour déplacer vers le préfrontal

-      Bouger, respirer profondément : le mouvement permet de faire circuler l’énergie

-      Oser parler de son stress aux adultes : reconnaitre son stress au lieu de le refouler, c’est l’essentiel de la solution. Valoriser le fait de ressentir des émotions !


Il est intéressant d’apprendre à l’équipe à réguler collectivement le stress, les moins stressés peuvent donner des signes rassurants aux plus stressés. Surtout en cas de stress majeur : un but encaissé (ou pire, CSC), une remontrance de l’arbitre ou du coach. Le soutien des co-équipers est un puissant moyen de faire redescendre le stress tandis qu’un regard noir ou une critique accroit considérablement le stress.  L’empathie, la bienveillance sont donc de simples anti-stress, peu couteux ! (c’est peut-être là que la culture française a une bonne marge de progression ;)


Petit exercice d’entraînement à la gestion du stress :
séances de Tirs au but


Les tirs au but sont une excellente scène de stress : le joueur est seul, il est sensé réussir (plus de chance de marquer que de l’arrêter), les conséquences sont directes, il est sous le regard dans un moment suspendu et sacré, avec cette marche solitaire depuis le milieu de terrain ... tous les ingrédients sont là pour rendre ce moment solennel un sommet du stress.  

C’est une excellente expérience pour apprendre à gérer son stress, avec des exercices de plus en plus compliqués, jusqu’à accentuer le stress pour s’approcher de l’intensité du stress en situation réelle. On ne reproduira jamais la copie conforme du stress réel. Mais on peut développer un panel d’idées pour reproduire l’état de stress. Et augmenter l’intensité des parasitages pour apprendre à l’enfant à créer SA bulle de sécurité.

Il est intéressant d’introduire des difficultés dans les consignes et de mettre en scène les ingrédients pour mimer les désagréments du stress et entraîner l’enfant à trouver les ressources en lui :

-      Pour travailler la perte cognitive liée au stress, vous pouvez par ex demander aux enfants de tirer leur penalty en récitant l’alphabet à l’envers pour rendre indisponible une partie de leur cerveau, ou mettre en scène beaucoup d’agitation autour de lui pour le conduire à se concentrer quelles que soient les conditions

-      Pour travailler la dimension émotionnelle, vous pouvez introduire ce qui affectivement perturbe le joueur (cris du public, présence d’une personne proche émotionnellement troublante, évocation de souvenirs ... )

Guidez-le en lui apprenant à créer sa propre bulle, avec ses ingrédients personnels rassurants, pour qu’il se fabrique son lieu secure. Une fois qu’il aura réussi à créer cet espace autour de lui (se connecter avec le son, l’image, les émotions qu’il aura choisis), permettez lui d’ancrer cette sensation avec un petit geste qu’il pourra reproduire pour retrouver cet état de plus en plus facilement.

Après quelques séances d’entraînement, cela deviendra un jeu d’enfant ;)  


Pour conclure : Bonne nouvelle

Le rapport au stress se met en place dans la construction de chacun, donc dès l’enfance ... mais nous pouvons travailler cette compétence à tout âge !

MERCI à ceux qui ont inspiré ce "grain de sel du jour" (spéciale dédicace) et comme d'habitude, vous prenez dans ce billet ce qui vous plait, ce qui vous inspire en l'adaptant à votre contexte et le reste, oubliez-le ... parole de psy!

Published on September 23, 2019