Le smartphone, un poison dans le Football Elite ?

Autant annoncer la couleur, j’ai un parti pris. Qui risque de déplaire. Qui est critiquable. Qui n’est peut-être pas digne d’une psychologue clinicienne d’ailleurs, cette professionnelle sensée être nuancée, questionner, douter, interroger ... mais là, non ! Je fais le choix d’être frontale. A charge. Un peu par provocation, beaucoup par conviction, passionnément par intérêt pour le football d’aujourd’hui et de demain.

Alors non, je n’irai pas regarder des vidéos de Fortnite avec les gamins pour être cool et comprendre ce qu’ils aiment dans ce jeu, non je ne dirai pas comme beaucoup de mes amis psy « c’est leur époque, il faut vivre avec son temps, le smartphone c’est comme un organe supplémentaire de la génération y ou z et les priver, c’est les amputer », non je ne trouverai pas d’excuse type « faut bien qu’ils s’occupent », ou « ça les déstresse avant un match » ou pire encore «les scientifiques disent que c’est bon pour leur cerveau ».

Entendons-nous bien, je parle de ce truc sur lequel on a toujours un œil ou, a minima, une pensée. Ce truc qui devient obsédant parce qu’il est notre rapport au monde, notre baromètre de popularité, notre lieu ressource contre l’ennui, le silence, l’attente, qui remplit chaque temps-mort et désormais chaque temps vivant.

La complexité, c’est que ce truc fait tout, dont des choses fantastiques : réveil matin, kiosque à journaux, tv, console de jeux, bouquin, talkie-walkie, chaine hifi, porte d’entrée vers le savoir universel, bloc-notes, support de com’ publique, caméra, compagnon imaginaire ... et c’est là que ça coince, finalement à quoi bon se fatiguer à parler à ses voisins, à apprendre ses cours?   

Ce truc qui fait que finalement les joueurs dans le bus sur le trajet avant une rencontre ne jouent plus aux cartes, ne se chambrent plus, n’inventent plus des jeux à la con, ne regardent plus par la fenêtre les paysages en s’imaginant comment des gens peuvent vivre dans ce trou, ... parce qu’ils sont hypnotisés en solitaire par leur écran.

Ce truc qui fait que les jeunes se couchent plus tard, trouvent moins le sommeil, et dorment avec un doudou froid et de forme rectangulaire.


Un peu de sciences ?

Un entraineur de Ligue 1 m’a inspiré ce billet en m’interpellant sur ce sujet des smartphones et de la performance.

En filigrane, son attente d’argument infaillible : « que disent les scientifiques ? Certains disent par ex. que les jeux vidéo sont excellents pour améliorer la concentration. D’autres disent que cela atteint la matière grise. Qui croire ? » parce qu’une publication scientifique, c’est le graal dans la quête de vérité sur la performance en sport.

Le problème des recherches scientifiques, c’est qu’elles répondent bien aux questions qu’on leur pose.  Au-delà du fait que selon les équipes et l’angle de la recherche, cela conduit à des résultats parfois contradictoires, l’étendue des répercussions est parfois souterraine avec de petites  ramifications infiltrantes dans tous les domaines de la vie difficiles à identifier.

C’est ce que j’appellerai le cout indirect, souvent visible dans l’après-coup ou à long terme.

Or notre cerveau est spontanément assez flemmard, il choisit après un rapide calcul bénéfice/cout, les solutions les moins couteuses ce qui le conduit à n’évaluer dans la balance que les couts visibles ou connus et bien souvent court terme.  Il va spontanément s’orienter vers ce qui donne du plaisir (parfois illusoire ou éphémère) et lui coute le moins d’efforts (le smartphone = sucre). En particulier chez les jeunes et les adolescents qui n’ont pas encore le retour d’expérience en boomerang qui amène à faire ensuite des choix un peu moins «sucrés».

Le cerveau sur-estime donc les bénéfices en se centrant sur le plaisir immédiat. Et sous-estime le cout en focalisant sur la partie visible.

L’objectif est ici de permettre au cerveau d’être éclairé sur ces multiples et minimes dommages collatéraux cumulés peu visibles et de prendre conscience des pseudo-bénéfices souvent illusoires.

Il pourra alors faire un calcul plus pertinent et lucide.

Néanmoins, pour plonger dans l’univers riche et passionnant des études scientifiques, faites-vous offrir à Noel « La fabrique du crétin digital » du chercheur Michel Desmurget qui a décortiqué près de 400 publications scientifiques parfois méconnues du grand public et dépeint sans ambiguïté un scandale sanitaire au même titre que le tabac.


Un peu de psychologie ?
Répercussions sur le sommeil, la santé

L’hyperconnexion et le temps passé sur les écrans conduisent à d’importantes restrictions chroniques sur le sommeil, des répercussions sur la santé, mais aussi sur les performances.

Selon une étude menée en 2015 à l’INSEP, sur plus de 530 sportifs de haut niveau, 97% d’entre eux utilisent les réseaux sociaux au moins une fois par jour. Ils utilisent leur smartphone dès le matin, même pendant les cours, l’entraînement et surtout le soir.

Chez les sportifs de haut niveau, la contrainte de temps est encore plus forte et a un impact sur les performances. Combien d’heures grignotées sur le sommeil passées à attendre : attente d’une réponse, d’une réaction en temps réel après avoir posté une photo etc ...

Grâce à des attracteurs tels que la comparaison sociale ou la récompense, il se rend particulièrement addictif augmentant le taux de Dopamine.

Il semblerait que le smartphone occasionne une perte d’1H /jour en moyenne chez ces jeunes.

Probablement bien plus car l’auto-déclaratif sur ce genre de sujets est éloigné de la réalité. Loin des enquêtes, certains avouent regarder des séries, faire des jeux vidéo, et se lever pour voir le nombre de like jusque très tard dans la nuit, sans parvenir à stopper. L’incidence de la lumière bleue émise est telle que même si le jeune trouve enfin le sommeil, celui-ci sera moins qualitatif.  

Par voie de conséquence, le manque de sommeil qualitatif et quantitatif a un impact sur les blessures, sur la santé, sur les performances ...


Répercussions neuropsy : impact sur le cortex préfrontal où siègent les fonctions cognitives

Vol de l’attention, de la concentration (effet zapping), perturbation de l’attention visuelle, baisse du QI, fatigue nerveuse, démotivation pour tout ce qui demande un effort ... la liste serait trop longue !

J’ai reçu en suivi un jeune golfeur très prometteur ... après quelques séances, nous avons rapidement identifié que ses performances étaient directement liées à son état émotionnel (fortement impacté par ses histoires de petite amie). Et le fait que cela se manifeste à travers les informations accessibles sur son smartphone (présence ou absence de messages, réseaux sociaux ...). Même glissé dans son sac de golf, il ne pouvait s’empêcher d’aller y jeter un œil, ou par procuration, se demander ce qu’il pourrait y trouver avec différents scenarii. Son attention était en partie contaminée par son smartphone et même si cela ne réglait pas l’histoire sentimentale, laisser son smartphone loin de lui lors d’une compétition lui permettait de créer sa bulle. Bien sûr, le golf est un sport pour lequel la concentration est un critère extrêmement déterminant. Néanmoins d’une manière générale, une expérience en psychologie a été réalisée pour mesurer l’impact de la présence du téléphone portable sur les performances cognitives (concentration, réactivité, capacité à résoudre un problème etc).  

Il s’avère que les résultats sont naturellement impactés négativement par la présence aux côtés du participant de leur téléphone allumé. Mais plus étonnant, le téléphone éteint et rangé dans un tiroir sous le bureau (donc accessible) impactait également négativement fortement les résultats.

Ce n’est que lorsque le téléphone était officiellement hors d’atteinte, en dehors de la salle d’examen et clairement impossible d’accès que le taux de réussite retrouvait son niveau habituel.

On peut en conclure que les effets ne sont pas uniquement liés à son usage, mais à l’idée même de son usage potentiel ....

Par ailleurs, l’attention étant la base de tout apprentissage, cette attention volée ne serait-ce qu’en partie par la présence du smartphone est un réel frein dans la formation des joueurs, en particulier les plus jeunes.

Réapprendre à être à 100% impliqué dans ce que l’on est en train de faire avec tous les sens en éveil et à résister à la distraction paraît essentiel pour éviter les troubles de la concentration.
Répercussions sur les relations aux autres  
Impact sur la Cohésion de groupe :

En sport d’équipe particulièrement, la cohésion est un élément central.

Cette cohésion se crée au travers des échanges, des moments de partages, de discussion. Ces temps au départ d’ennui, ces temps « libres » sont des moments de création collective. Inventer de quoi s’occuper. Alors on parle, on raconte, on observe autour de soi, on se fait des blagues, on joue, on rivalise, on se dispute même. Un jeu de cartes ou une partie de Baby foot sont de bonnes occasions de disputes : cela permet de régler quelques comptes, mine de rien ! C’est excellent pour la dynamique de groupe de faire circuler l’émotion!

Dans les vestiaires, les trains, les avions, dans les chambres du centre de formation ... aujourd’hui, la plupart de ces moments de camaraderie sont volés par le smartphone. Cela semble particulièrement marqué dans le monde du football.

Créer des liens nécessite des efforts relationnels. Guilhem Guirado, dans son dernier discours de capitaine après la défaite en ¼ de finale de Coupe du Monde de Rugby disait aux jeunes : « faites l’effort de vivre les choses de manière intense, d’apprendre à connaitre chacun de vos co-équipiers comme un frère, et quand vous vous ennuyez à Marcoussis, prenez un livre, et lisez, sur ce qui fait le rugby, et sur la vie » ...


Perturbations émotionnelles

Certaines problématiques émergent et sont directement liées au mode de communication écrite et virtuelle : un sms mal compris qui génère des discussions sans fin de malentendus, la diffusion de contenus qui se retournent contre vous et génèrent un déferlement de haine, des réactions impulsives qui laissent des traces, qui peuvent générer de véritables spirales infernales et incontrôlables, des conflits et des angoisses. Les réseaux sociaux, sacré business pour les footballeurs professionnels, incitent les jeunes à prendre modèle sur leurs idoles, s’y exposant de plus en plus, ce qui les rend vulnérables.

Le smartphone est également la porte ouverte aux perturbations juste avant un match. Le joueur peut certes filtrer et éviter par exemple les réseaux sociaux parfois menaçants, mais il est souvent à la recherche du réconfort par son smartphone de messages de soutien par exemple, or le danger venant parfois de l’intérieur, les plus proches sont parfois plus toxiques qu’on ne le croit, avec des injonctions de réussite, des conseils malvenus voire des reproches ou des mauvaises nouvelles... ce qui peut clairement déstabiliser le joueur !


Impact sur la relation à soi :
Fuite, évitement

Il n’y a qu’à regarder autour de soi, chaque moment d’attente, d’ennui, de silence qui rimerait avec « temps morts » est désormais gommé, rempli par le smartphone pour gérer les notifications et consommer de l’information. Ces temps paraissant pénibles voire effrayants sont pourtant tellement vertueux : sur le plan de la créativité et de l’imaginaire (créer à partir de rien), de la motivation (en activant le désir), de l’intelligence (en mettant en place des stratégies), de la construction même de la personnalité et de l’altruisme (se tourner vers l’autre). Apprendre à supporter des temps d’ennui chez l’enfant est un puissant levier d’invulnérabilité et d’indépendance.  Cela permet de se tourner vers les richesses par des ressources internes au lieu de dépendre de ressources externes. La force mentale, si précieuse pour les sportifs de haut niveau, prend naissance dans cette capacité à être avec soi, face à soi.

Comble de tout, même un temps qui n’est pas un « temps mort » mais un temps « pas assez plein », c’est-à-dire qui ne sature pas les sens (regarder un match à la TV, partager un repas entre amis, pédaler sur un vélo en salle de muscu) amène le sujet à compléter ce moment  avec un œil sur le smartphone. Comme un bébé mettrait sa tétine dans sa bouche, le jeune met son smartphone dans la main. Ca rassure, ça apaise, ça divertit, mais au fond, pour éviter quoi ? Sans cela, il sent du manque, de la frustration, cette chose à éviter à tout prix ...  Cela détourne l’attention  et prive du temps nécessaire pour digérer ce qui se passe en nous, dans le corps et dans l’esprit, et observer autour de nous, pour trouver des moyens de dépasser les obstacles. Le silence est un chemin privilégié vers la connaissance plus profonde de soi, de l’autre. Lorsqu’un kiné masse un sportif, il fait un soin du corps, mais il crée un moment particulier où le sportif ressent son corps, se centre sur ses sensations, ses émotions, son corps lui parle s’il lui prête attention et le kiné bien souvent profite de ce temps pour soigner également son âme, entendre ses souffrances, poser des mots.  Cela n’a l’air de rien, mais faire alors diversion avec un smartphone, c’est se couper de ces 5 sens orientés vers ce moment à vivre, c’est s’absenter de cet instant de rencontre, s’échapper ... y perdre chaque fois un petit peu. Or le sport de haut niveau se joue aussi sur des détails, sur ces petits peu !

Cette diversion n’est d’ailleurs qu’une illusion de complétude car très vite, la lassitude apparaît, de vivre à côté de soi et un vide plus profond apparaît peu à peu.


Inhibition du stress en trompe l’œil :

Avant une échéance importante, faire diversion avec les écrans donne l’illusion de ne pas stresser. En effet, cela empêche le stress d’être visible.

Résultat, cela empêche d’en avoir conscience et par conséquent de chercher des solutions pour le gérer ou de mobiliser des ressources internes.

Le risque ? le stress non géré, non canalisé ressurgit quand la diversion s’arrête, et il n’est pas encore dans les mœurs d’aller avec son smartphone sur le terrain ou sur le banc de touche...(ouf) et la performance risque d’être plus fortement impactée.

Tout comme la cigarette n’est pas un réel anti-stress, non le smartphone n’est pas un anti-stress : c’est un masque-stress !

Les jeux vidéo engendrant, de surcroit, selon les profils plus ou moins d’effets sur la nervosité (agressivité), la fatigue cérébrale et oculaire, et la concentration, il parait assez fou de tenter de dissiper son stress avec un outil qui contient autant d’effets délétères avant un match ....


Anxiété, déprime :

Que dire des titres anxiogènes non-stop imposés sur l’écran d’accueil à coup de « une maman écrase son enfant de 4 ans en reculant sur son parking » ou « un bus de jeunes sur un passage à niveaux percuté par un TGV » quand ce n’est pas la planète qui brûle ou la menace terroriste ? Ce matraquage subi, même si les yeux ne font que balayer l’info, incite à l’identification et laisse des empreintes dans le cerveau particulièrement poreux des jeunes.  

In fine, à force de rafraîchir 100 fois par jour les différents contenus, en zappant de Facebook à Insta, en passant par Snap, WhatsApp, l’Equipe, BFM, LinkedIn ...  sans intérêt particulier pour le contenu, un peu par réflexe, pour occuper ses mains, son esprit, on sent bien au fond une véritable perte de temps, d’efficacité, une perte de motivation voire une angoisse de comparaison à l’autre et son bonheur illusoire .... bref une quête narcissique souvent décevante, un appauvrissement de la pensée et des relations authentiques, une perte de sens quand finalement on a la « flemme » de vivre sa vraie vie et que le smartphone est un semblant de refuge.  


Addiction :

Le smartphone est un piège en puissance parce qu’il est « tout-en-un » ET transportable : il répond ainsi en tout point au fantasme infantile d’avoir tout avec soi à tout heure pour se sentir sans frustration et en sécurité, un escargot avec sa maison sur le dos, un  fœtus dans le ventre de sa mère : ce temps révolu où rien ne manque et qui devient ensuite une quête impossible et insatiable.

Les footballeurs professionnels étant des sujets plus à risque de dépression et d’addiction, il semble important de repérer lorsque le smartphone devient une dépendance.

Cette dépendance au portable porte même un nom : la nomophobie ( No mobile phone phobia). On parle de dépendance ou d’addiction quand il y a une perte de contrôle sur l’objet. On n’arrive plus à être maître du jeu. On y passe plus de temps qu’il ne le faudrait. Et quand on commence à perdre le contrôle de son utilisation : cela peut même devenir compulsif,  consommer un peu tout et n’importe quoi comme un boulimique devant son frigo qui finit par avaler des pots de cornichons quand il n’y a plus de tablettes de chocolat juste pour remplir le vide. L’autre signe qui doit alerter concerne les conséquences dommageables sur la personne : une sensation d’angoisse, de vide quand ils sont sans leur portable ou ne captent pas. Un besoin d’être joignable H24 avec le smartphone comme cordon ombilical.

Cela peut aussi être une fuite qui permet d’éviter le réel. Et comme il peut s’emporter partout, le smartphone peut être l’outil supports qui facilite d’autres addictions : jeux d’argent, pornographie…

Certains experts appellent même le smartphone « la cocaïne digitale » ou « l’héroïne numérique»!


Un peu de projection ?

Certains entraîneurs de foot pensent que c’est l’époque, il faut accepter, on ne peut quand même pas réglementer, on se mettrait les parents et les jeunes à dos :

Quel serait votre discours si vos joueurs se fumaient un petit joint dans les vestiaires avant un match? Si vos joueurs mangeaient pizza mac do bière pendant tout un tournoi??

Pourquoi mettre autant d’énergie pour régler tous les détails d’hygiène physique dans la course à la performance et laisser l’hygiène mentale être ainsi polluée ?

On ouvre des yeux ronds  aujourd’hui quand on revoit des images où l’on fumait dans les avions, sur les plateaux télé... Dans 20 ans, j’espère que les jeunes footballeurs seront aussi surpris quand on leur dira que les smartphones étaient de coutume dans les vestiaires des pro sans que ça ne choque personne...


Pourquoi ce déni ?

Parce que tout le monde est pris dedans. Les gens ont tendance à penser qu’il n’y a aucun danger pour la santé. Et minorent l’impact délétère.

Nos cerveaux adultes sont ainsi faits qu’ils s’angoissent plus pour l’avion que pour la voiture (statistiquement nettement plus dangereuse mais dont on se méfie moins).  

Tous les ingrédients sont là pour ne pas se méfier du smartphone : il est familier, paraît inoffensif, véritable nounou 2.0 qui occupe les enfants, et en plus dans ce monde anxiogène, il rassure : les enfants sont joignables ou géo-localisables, comme si cela évitait le danger. La tragédie, c’est que sans s’en rendre compte, en pensant faire plaisir aux enfants et les sécuriser, les parents font entrer le loup dans la bergerie.

Aliénés par les écrans, les enfants se désintéressent peu à peu de tout, des vélos, des stades et des ballons, ont une plus forte tendance à l’agressivité (ne serait-ce que par manque d’exercice physique), à l’anxiété, à l’ennui et au repli sur soi.

Si on n’intervient pas, on pourra arrêter de faire passer aux joueurs des tests révolutionnaires 3.0 avec croisements de milliers de données pour recruter les futures pépites : on se contentera de mesurer leur addiction aux écrans et leur capacité de résistance au chant des sirènes à la lumière bleue.  

Une forme de sélection naturelle, le nouveau Darwin de la réussite au football.    Et le niveau de football baissera comme le QI a déjà chuté ...


Quelques Pistes ?
1.    Le 1er pré-requis est la prise de conscience des dangers de cette servitude :

Lisez sur ce sujet, renseignez-vous ! Au hasard, parce que j’aime le titre, je vous suggère « La civilisation du poisson rouge » de Bruno  Patino.

Rappelez-vous : Bill Gates, Steve Jobs, les patrons de la Silicon Valley sont les premiers à interdire l’usage des smartphones et des réseaux sociaux à leur propres enfants ...
2.    Au départ, faire face aux excuses bidon :

-       « c’est mon réveil ! » : Achetez un réveil (5€ chez Leclerc)

-       « je lis l’Equipe » (alors même que je n’ai accès qu’aux trois premières lignes creuses car je ne suis pas abonné)

Inventez une appli qui fait que l’article lu 1 fois sur l’Equipe se désintègre au lieu d’être lu 70 fois en boucle parce que le journaliste va moins vite à écrire que nous à lire.  

Enfin, de toutes façons, sachez que la plupart des jeunes ne lisent même plus une ligne, ils végètent devant des vidéos.    

-       « J’ai rien à faire » : C’est une excellente nouvelle, il n’y a rien à faire qu’à laisser faire
3.   Etre motivé :

Il faut avoir la motivation parce qu’on enlève quelque chose d’agréable : la dopamine, hormone qui agit dans les phénomènes de dépendance, par définition, donne une sensation de bien-être.
4.      Fixer des limites !

-       Fixez un cadre et des règles de temps (fixer des horaires) et de lieu (où peut-on utiliser son tel)

-       Idéalement rédigez ces règles et obtenez l’adhésion des jeunes à ce dispositif.

En centre de formation, délimitez des plages horaires d’utilisation (par ex : pas de tel à table, pas de tel le soir après 20h. Certains jeunes ont du mal à se fixer des limites et peuvent souhaiter qu’un adulte incarne cette limite en prenant leur tel le soir). Faites un test sur vos jeunes sans jeux vidéo veille et jour de match : repérez les changements...

-       Organiser des sessions sans communication possible avec l’extérieur. Par ex partir en tournois sans smartphone : faites un retour d’expérience (souvent les jeunes qui appréhendaient le manque se sentent finalement nettement mieux sans smartphone.  Ils ont eu d’autres conversations avec les coéquipiers, n’étaient plus esclaves et se sentent plus épanouis, moins seuls)
5.     Faire de la Pédagogie :

Invitez-les à se questionner, à auto-évaluer leur consommation: repérer tous les moments où l’on ressent le besoin de consulter son téléphone alors qu’on pourrait s’en passer. Essayer de faire un stop mental : est-ce que j’en ai vraiment besoin ? Est-ce que c’est vraiment le moment d’aller sur Insta ? Suis-je en train de consommer « du sucre » ou de la nourriture saine ?

Désactivez toutes les notifications pour éviter que ce soit le smartphone qui décide quand vous les regardez.

Compartimentez : il vaut mieux avoir une console de jeux pour jouer dans un temps et un espace délimités (et ensemble), et un téléphone qui fait téléphone, un carnet pour prendre des notes, un réveil pour se lever.  
6.     Responsabiliser !

Un contrat dans lequel les jeunes s’impliquent, dont ils comprennent l’enjeu et l’intérêt et pour lequel ils vont choisir de retrouver leur liberté, leur autonomie, leur discernement pour aller vers l’auto-discipline et la maîtrise de l’utilisation.
7.    (ou 1.) Etre exemplaire ........


Pour conclure,

Il n’est pas question de vivre sans cette merveille de smartphone, mais d’en faire une utilisation éclairée, de sensibiliser pour sortir de cette aliénation dont les jeunes (et moins jeunes) sont victimes. De retrouver la juste distance.

A travers ce rapport au smartphone, c’est une occasion de plus de faire grandir le joueur, de lui permettre de faire face à des choix : renoncer ponctuellement à certains plaisirs, faire des sacrifices pour un intérêt supérieur.

La haute compétition est le juge de paix...

Biiiiip : fin de l'article !

Cher Lecteur, si vous êtes arrivé jusqu'ici sans vous interrompre (5 minutes), vous avez PULVERISÉ le temps maximum de "concentration prolongée" (8 secondes) et vous êtes à l'abri des troubles de la concentration ou du syndrome du poisson rouge !

PS : mais l'expérience ne dit pas si vous étiez filmé à votre insu par votre smartphone ;)

Published on October 23, 2019