Le "QI FOOTBALL"​ est-il prédictif de la réussite?

« Le football d’aujourd’hui est déjà physiquement très fort. Ce qui fera la différence désormais, c’est ce qui se passe au-dessus des épaules». (Ben Lyttletton)  « Cela va se jouer sur le QI football »   

 

 

Le fameux "QI FOOTBALL" !!! Tout le monde en parle mais que mettre derrière ce terme? Plus de doute, la réussite d’un joueur repose -aussi- sur son intelligence de jeu. Ce serait la capacité à « lire » le jeu, à être à la bonne place au bon moment, à être créatif, à prendre les bonnes décisions et donner du sens à ce qui est en train de se produire sous ses yeux.

 

« Trouver la bonne réponse à une situation spécifique »,

« Au bon moment et pas juste sur le terrain, en dehors aussi! »

« savoir lire le jeu, capacités de perception, de placement, de créativité, trouver des solutions »

« L’intelligence, c’est ce qu’on fait quand on ne sait pas »

« Penser le foot! C’est de l’espace-temps »

Peut-on évaluer ce très à la mode « QI football » ?

Le « QI Football », littéralement Quotient Intellectuel Football, implique de faire quelques hypothèses :

. Le QI général serait prédictif de la réussite

. Le QI se transposerait au football

. Le QI Football serait prédictif de la réussite dans le football

. Le QI Football se mesurerait


Le QI général, c’est quoi ?  

Pour commencer, je vous propose un petit retour sur la notion de QI :

Qualitativement chacun perçoit à peu près ce qu’est l’intelligence, c’est une « aptitude très générale générée par le cerveau ».

Qu’est-ce que le Q.I général ?

On s’est en fait rapidement rendu compte que:

- Toutes les habiletés cognitives (totalement disparates !) sont positivement inter-corrélées

- Les gens qui performent bien sur quelques tâches tendent à bien performer sur toutes les autres

- Toutes les facultés mentales sont partiellement déterminées par un facteur commun

- Le Q.I mesure l’intelligence générale = g

- Il suffit donc de mesurer quelques aptitudes pour estimer correctement le Q.I général = g = intelligence générale

Toutes les activités mentales ne demandent pas autant de cognition.

Si vous voulez connaitre la vitesse à laquelle tourne un ordinateur, vous n’allez pas y faire tourner un programme bas de gamme, car même s’il tourne très bien, cela ne permettra pas de prédire la performance de l’ordinateur dans d’autres conditions… A l’inverse, vous allez tester l’ordinateur avec un programme qui demande de hautes performances, de cette façon vous saurez jusqu’à quel point votre ordinateur est puissant.

Faire passer un test de Q.I, cela revient donc à faire passer une série de tests psychométriques qui sont des bons estimateurs de l’intelligence générale. Les résultats sont issus d’une comparaison statistique à une population de référence, on appelle cela un étalonnage. Ces tests sont réalisés dans le cadre d’un examen psychologique.

La validité du Q.I est accréditée par le fait qu’il s’agit du facteur le plus prédictif de la réussite.  

Même sans être spécifique Football, le QI général d’un joueur serait donc certainement prédictif de la réussite professionnelle de ce joueur.

Cela vous semble bizarre ? Pas tant que ça, car finalement, quel que soit le domaine d’activité, le fait d’accéder à l’Elite dans un domaine nécessite un prérequis quasi universel : faire appel à la puissance de son cerveau, sa capacité à s’adapter à une situation complexe donnée, l’intelligence c’est finalement « ce que l’on fait quand on ne sait pas » et qui permet de s’adapter, chercher des solutions, résoudre des problèmes, en mettant en connexion nos habiletés mentales pour atteindre l’excellence.

Néanmoins, si on veut gagner en prédictivité et si on désire extraire les données les plus pertinentes sur le joueur, on doit rechercher la spécificité.   


Le Q.I. peut-il se transposer au Football ?

Il existe de nombreuses formes d’Intelligences :  verbale – numérique – logique mais aussi corporelle (sensori-motrice) – sociale – émotionnelle (QE)....

L’intelligence est culture-dépendante et non universelle, c’est-à-dire que chaque culture va accorder une importance plus ou moins grande à chaque forme d’intelligence.

Dans le sport, parmi toutes ces formes d’intelligences, certaines sont plus déterminantes que d’autres. Et selon le sport pratiqué seront sollicitées des aptitudes mentales (cognitives et non cognitives) différentes. Le golf ne sollicite pas les mêmes habiletés que le foot. Par exemple, la vitesse de traitement de l’information, le temps de réponse semble logiquement plus pertinent à évaluer en foot qu’au golf.

Néanmoins, d’autres habiletés sont assez transverses à tout sport : la concentration, la force mentale, la gestion des émotions pour ne citer que celles-ci ...

D’ailleurs, nombre d’anciens tennisman ou footballeurs deviennent d’excellents golfeurs ;)


Les intérêts d’un QI spécifique FB sont multiples :

Les tests de QI mettent l’individu en situation expérimentale standardisée servant de stimulus pour mesurer un comportement. Ce comportement est évalué par une comparaison statistique avec celui d’autres individus placés dans la même situation permettant ainsi de classerle sujet examiné, soit quantitativement, soit typologiquement. Si la batterie est composée de tests qui mesurent des aptitudes mentales spécifiques chez le sportif, cela permet une meilleure prédictivitéavec une population de référence donc un étalonnage plus spécifique (et donc des comparaisons plus parlantes). En effet,si les évaluations techniques, physiques et médicales semblent très développées et structurées, donnant accès à des données comparables d’un club à un autre, d’un joueur à un autre, et sur un même joueur d’un Temps à un autre ... on ne peut pas encore en dire autant concernant les données mentales.

Evaluer un QI spécifique Football permet également de bénéficier d’une meilleure« acceptabilité »de la part des joueurs qui passent les tests qui vivront une expérience qui a plus de sens si l’on mesure leur capacité du cerveau à gérer 5 tâches en même temps que leur capacité de logique strictement verbale par ex. Et puis, dans un temps limité d’évaluation, mieux vaut cibler les habiletés les plus pertinentes.

Enfin, les résultats obtenus seront plus utiles dans leur exploitation si les données sont spécifiques car, au-delà de la prédictivité (détection), en termes d’optimisation du potentiel, il sera plus utile pour la cellule Performance de disposer d’une cartographie précise du fonctionnement du cerveau du joueur sur des habiletés cognitives et non cognitives spécifiques au football que sur des intelligences non déterminantes dans le sport. Le programme d’améliorations des performances mentales sera plus ciblé donc prometteur.


Le QI football est-il prédictif ? ce qu’en dit la science ...

Une étude scientifique de chercheurs suédois* a permis d’établir que les footballeurs professionnels avaient de meilleurs scores aux tests mesurant les fonctions exécutives que la population générale (se situaient dans les 5% les meilleurs). Plus encore, elle a révélé qu’au sein des joueurs professionnels sur un étalonnage spécifique Footballeur, les résultats des joueurs étaient corrélés au niveau de championnat dans lequel ils évoluaient. Enfin, l’étude a permis de confirmer la corrélation entre les résultats aux tests et la performance sur le terrain : en effet, ceux qui avaient les meilleures performances offensives (buts, passes décisives) étaient ceux qui avaient les scores les plus élevés aux tests.  

Par ailleurs, ces dernières décennies, de nombreuses études scientifiques ont été réalisées pour identifier les facteurs de réussite de la performance sportive. Les résultats se sont parfois fait attendre longtemps pour permettre de vérifier le lien éventuel entre ce qui était mesuré chez le jeune sportif enfant ou adolescent et la réalité des résultats des années après, une fois devenus professionnels (ou non) ! Cela a permis d’isoler un certain nombre d’habiletés mentales (cognitives ou non) prédictives ou non de la réussite dans le monde professionnel. Et il y a quelques surprises ...

Évidemment les études scientifiques représentent une précieuse avancée.

Néanmoins, restons prudents, le psychisme est bien trop complexe pour se laisser chiffrer sans résister : il y a tant de cas particuliers, de progressions non linéaires et de paramètres qui déjouent les statistiques...


Le QI Football, une équation à plusieurs inconnues !    

En effet, l’élève surdoué n’est pas forcément le 1erde classe, il est parfois paradoxalement en échec scolaire !

Parce que son cerveau ne tourne pas toujours comme celui des camarades

Parce qu’il n’est pas homogène et peut être ultra performant sur le plan cognitif mais en détresse sur le plan émotionnel ou relationnel

Parce que la réussite est pluri-factorielle et un système complexe

Parce que le foot est un sport collectif, que l’on est Un dans un Tout

Parce qu’il y a bon nombre de paramètres au foot que l’on ne maitrise pas (décision arbitrale, contact des adversaires, réactions du public, météo, médias)

Parce qu’il y a ce que le joueur a dans la cervelle mais aussi dans le ventre, le cœur, l’esprit

Parce qu’il y a les 5 sens définis par la science mais peut-être un 6ieme ?

Disons qu’il y aurait, non pas 1, mais des QI football qui regrouperaient différentes aptitudes sur de multiples formes d’intelligences sollicitées dans le football. Certains profils seraient homogènes, d’autres hétérogènes avec de très grandes amplitudes dans les différents registres. Par exemple, d’excellentes habiletés cognitives mais un quotient émotionnel très faible ou un profil avec des chiffres moins exceptionnels mais très équilibrés.  


Peut-on le(s) mesurer ?

Le recrutement d’un joueur est complexe. Le risque de se tromper peut être très couteux.

Financièrement, mais aussi humainement (échecs en centre de formation, joueurs sur le banc). Or, certaines erreurs de casting pourraient être minimisées avec des process de recrutement plus rationnels et plus approfondis sur les dimensions mentales et le fonctionnement psychologique.  

En pratique, quelle méthode permettrait de les mesurer?

D’origine anglo-saxonne, la méthode des Assessment Center est issue des techniques pratiquées dans l’Armée pour recruter les profils plus performants dans certaines postes d’élite comme les agents secrets. Depuis quelques décennies, ces méthodes ont été adaptées à l’entreprise et sont utilisées pour les postes clés, à fort enjeu. Plus les postes sont à forte valeur ou exigence pour l’entreprise, plus les processus de recrutement sont solides et minutieux. L’idée est de mettre en place des outils qui permettent d’observer les aptitudes attendues dans la réussite en essayant d’intégrer au maximum les conditions spécifiquement liées au poste.

Le cas le plus abouti d’évaluation pointue reste à mes yeux la sélection du spationaute Thomas Pesquet évalué sous toutes les coutures à un degré inimaginable (psy, médical, intellectuel, technique, émotionnel ...) pour avoir un maximum de garanties sur sa réussite et minimiser les risques sur la mission et sa personne. Par définition, il ne pouvait être évalué en situation réelle, donc les techniques d’évaluation devaient prédire ses réactions dans les situations les plus extrêmes.

Sans en arriver là évidemment, il semble naturel que le footballeur, dont le recrutement soulève de nombreux enjeux, dont les conditions de travail sont particulières (pression maximale, changements, incertitudes...), soit évalué à différents moments de son évolution (entrée en centre de (pré)-formation ou en club) de façon holistique sur des indicateurs reconnus pertinents et avec des tests fiables. Cela nécessite de penser l’évaluation, en partant des nombreux critères démontrés scientifiquement pertinents (dans le registre cognitif, de personnalité, motivations, psychologie du joueur...), en ciblant les tests, épreuves, exercices spécifiques et valides pour mesurer ces multiples dimensions du « QI Football », et analyser les résultats. Le degré d’évaluation étant adapté à l’âge du joueur et à l’enjeu.

Au-delà de l’outil complémentaire que cela peut représenter dans la prise de décision de recrutement des joueurs, réaliser une évaluation à 360° donne un éclairage qui permet de mettre en place une stratégie d’optimisation de la performance selon la zone du cerveau à muscler ou les compétences à développer !

Quoiqu’il en soit, selon ce qui est attendu du joueur dans l’équipe, selon le coach, le club et son ADN, un profil peut être plus adéquat qu’un autre et ce n’est pas forcément les « QI Football » les plus forts qui l’emportent, mais les plus adaptés à la situation. Comme tout outil, c’est donc la façon dont il est mis en œuvre et dont les résultats sont exploités qui révèle sa pertinence.

*Source : Executive functions predict the success of top-soccer player - Torbjorn and Co (2012)

Published on June 6, 2019