Comment motiver les jeunes sportifs ?

Une histoire apocryphe, et riche d’enseignements.

Dérangé par le bruit de gamins qui jouent au football sous ses fenêtres tous les soirs après l’école, un homme, ancien psychologue à la retraite- sort de chez lui et, au lieu de les menacer, de s’énerver, prit le "problème de nuisance sonore" sous un autre angle, et dit: "Les enfants, vous jouez extrêmement bien. Vraiment. Et j’aime tant vous voir jouer que, chaque fois que vous viendrez taper du ballon ici, je vous donnerai, à chacun, un Yuan." Et il leur donne, à chacun, un Yuan.

Le lendemain, les gamins reviennent jouer une partie de football. Le psychologue descend, et d’une voix enjouée clame: "J’aime toujours vous regarder jouer. Malheureusement, je n’ai, aujourd’hui, pas de billets. Mais que des pièces. Et je ne peux vous donner que 10 Jiao chacun." Déçus - car, maintenant, attendant leur pécule d’un Yuan - les enfants manifestent un petit mécontentement mais acceptent l’argent, et continuent leur partie de foot.

Et l’histoire se poursuit sur le même disque rayé qui, de jour en jour, devient de moins en moins enrichissant: les enfants jouent, et le psychologue leur donne un "salaire" de plus en plus bas. Jusqu’au jour où le pécule ne s’élève, par gamin, qu’à un Fen. L’un deux refuse catégoriquement et proteste: "Et puis quoi, encore ? On ne va pas jouer ici pour un Fen. Un seul Fen." Et les enfants ne sont jamais revenus, pour la plus grande joie du psychologue.

Lorsque vous prenez des personnes qui sont très engagées dans une activité qui leur plait, et que vous leur offrez une récompense tangible, un salaire, afin qu’ils continuent à l’accomplir, il se produit alors un changement. "Mentalement, ils établissent un lien de cause à effet entre ces récompenses et leur activité - ce que les psychologues appellent un locus de causalité perçu - et ce lien tend à affaiblir la raison première, intrinsèque, qui les avait poussés à se livrer à cette activité - la plaisir ou l’intérêt qui s’y trouvaient, par exemple. (...) Plus les psychologues étudient les niveaux de motivation - ou d’engagement - du personnel, moins les récompenses tangibles paraissent importantes. En réalité, ce qui compte le plus, ce sont les choses que les gens font eux-mêmes," racontent Isaac Getz et Brian M. Carney dans leur ouvrage "Liberté & Cie".


La motivation est l'une des principales clés du mental du sportif puisqu'elle conditionne à la fois son investissement et sa persévérance.
Quels sont les déterminants de la motivation ?
Des facteurs internes ou intrinsèques :

Ce sont les motivations qui sont liées à l'activité elle-même, au plaisir ou à la satisfaction que l'on ressent grâce à sa pratique.

·       Le plaisir : le plaisir éprouvé en jouant au foot, en partageant avec son équipe

·       La connaissance : le fait d'apprendre, de maîtriser des techniques ou de progresser

·       L'accomplissement : la satisfaction d'atteindre ses objectifs.
Des facteurs externes

Ce sont les motivations extrinsèques, elles correspondent à un engagement non pas pour l'activité elle-même mais pour ses conséquences. Le sport n'est alors plus une fin en soi mais un moyen d'obtenir quelque chose. On retrouve dans ces motivations externes :

·       Les récompenses : médailles, cadeaux, gains financiers.

·       L'approbation sociale : essayer d'obtenir l'admiration des autres, la reconnaissance

·       La comparaison sociale ou l'hyper compétitivité : chercher à battre les autres à tout prix pour prouver sa valeur, vouloir apparaître comme le meilleur

Les travaux de nombreux chercheurs montrent cependant que la motivation intrinsèque est plus stable et plus durable. Un sportif uniquement motivé de façon extrinsèque est souvent moins persévérant. Il paraît donc indispensable que la motivation soit, au moins en partie, intrinsèque pour que le sportif persévère dans une activité.

Mais le plus souvent lorsque l'on veut renforcer la motivation, les principales idées qui viennent à l'esprit concernent la motivation extrinsèque. Beaucoup de parents mettent par exemple en place un système de récompense en fonction des résultats de leur enfant. La motivation intrinsèque est plus difficile à renforcer et elle est malheureusement souvent oubliée.
Conseils : Comment renforcer la motivation intrinsèque de chacun ?
-       Augmenter le plaisir de l'activité

Le plaisir devrait toujours rester au centre de l'activité.

Si la difficulté des objectifs est bien dosée, le sportif aura plaisir à les atteindre.

Trouver le décalage optimal entre les compétences des enfants et la difficulté de la tâche réalisée.
-      Développer le sentiment de compétence

Le besoin de se sentir compétent est un besoin essentiel qui participe à la construction de l'estime de soi. Donner des objectifs propres à chacun et non en comparaison aux autres : objectifs simples, mesurables, ambitieux mais atteignables, réalistes, et limités dans le temps Prendre conscience de ses progrès dans chacun des domaines de la performance : techniques, physiques et parfois également mentaux (une meilleure gestion du stress par exemple) permet de prendre confiance en soi et a un effet motivant important.
-      Renforcer le sentiment d'autonomie

Pour qu'un sportif développe une motivation personnelle, il doit se sentir maître de son comportement. Ceci correspond à la satisfaction d'un besoin fondamental, celui de se sentir acteur, d'être responsable de ses performances et non d'être un simple pion contrôlé par d'autres.

L'activité sportive doit devenir un projet personnel du sportif. Celui-ci doit pouvoir s'approprier totalement les réussites liées à ce projet. Ceci est un point important pour l'entourage d'un jeune sportif qui doit prendre garde à ne pas transférer sur lui ses propres motivations.


Comment « motiver » une équipe ?

Motiver une équipe est un terme impropre, car il ne s’agit pas à proprement parler de «motiver » une équipe mais bien plutôt de mobiliser la motivation intrinsèque à l’équipe.

Vous pouvez réunir les conditions pour que les personnes et le groupe voient le lien entre ce qui est à faire et les motivations qu’ils ont en eux-mêmes.

La motivation s’encourage avant les matchs (discours d’avant match) mais se mobilise tout au long de l’année :

1.     Communiquer : autour des valeurs collectives, en valorisant tout comportement de l’enfant qui véhicule ces valeurs (ex : partage, tolérance, fair play, coopération).

2.    Donner un objectif commun, donner le cap : voici ce que l’équipe va accomplir, voici le projet (un objectif centré sur les efforts plus que sur les résultats).

3.    Donner du SENS : lien entre l’objectif fixé et le travail au quotidien durant les entraînements

4.    Adapter votre attitude et votre discours en fonction du caractère de l’enfant : un même discours de stimulation pour pousser les enfants à se dépasser peut être motivant pour certains, et décourageant pour d’autres (anxiété)

5.     Fédérer en dehors du sport : organiser des temps collectifs en dehors du sport : gouter du nouvel an, aller en équipe à une manifestation  …

6.     Montrer l’exemple ! mettre les crampons, courir, jouer collectif !

Published on April 25, 2019